Fondée en 1894, Massaro est une Maison d’art dédiée au soulier. Dernier bottier sur mesure pour femmes au monde, ce dernier met son savoir-faire unique au service des envies et des désirs de chaque client. Située rue de la Paix, au cœur du quartier où se côtoient tailleurs, modistes et joailliers, elle s’inscrit dès l’origine dans cet environnement unique où le raffinement de la création rencontre la rigueur du geste. Depuis plus d’un siècle, Massaro perpétue et réinvente un art qui conjugue exigence, intuition et maîtrise du temps.
Dès le moment fondateur de la première prise de mesure s’établit un échange attentif, au cours duquel l’artisan cherche à comprendre non seulement l’envie esthétique mais aussi le rythme de vie, la manière de se mouvoir et la personnalité de celui ou celle qui portera le soulier. Ce dialogue se tisse au fil du temps, jusqu’à ce que la chaussure devienne une véritable prolongation du corps. Le temps, justement, est au cœur de la philosophie de la Maison, patiemment construite et enrichie au fil des années. À rebours du rythme de l’industrie, tout ici est question de lenteur et de précision.
Les savoir-faire de Massaro
Bottier, formier, coupeur, patronnier-piqueur, bichonneur : chaque paire est le fruit d’un travail collectif, où l’exigence technique dialogue avec la sensibilité du geste. L’atelier, véritable cœur battant de la Maison, a quelque chose d’un écrin, où de grandes sternes de bois côtoient des pans de cuir suspendus. L’air, lui, est empreint d’un parfum puissant fait d’effluves de bois, de cire et de cuir travaillé. Cet environnement à la fois dense et précis reflète l’esprit même de Massaro. Un plateau de compétences rares, où chaque artisan se doit de maîtriser plusieurs disciplines – sculpter le bois, coudre à la main ou à la machine, travailler et battre le cuir, peindre ou patiner la matière.
Tout commence avec la forme en bois, qui sert de base à la création de soulier – et de point de départ de l’histoire. Sculptée à la gouge et à la râpe dans des essences comme le charme, le hêtre ou le tilleul, elle contient toutes les informations esthétiques nécessaires à la fabrication d’un soulier telles que la cambrure, la posture, la répartition du poids et même la manière de marcher du client. Le métier de formier, que seule la Maison enseigne aujourd’hui, demande autant de maîtrise que d’intuition : savoir identifier le bon bois, le sculpter, le lisser, le polir jusqu’à obtenir la forme juste.
Au formier succède le coupeur, qui « lit » le cuir pour mieux anticiper la façon dont vivra la matière une fois montée. À l’aide d’outils comme le couteau ou la griffe, l’artisan découpe le cuir à la main, toujours en suivant le sens du grain. Cette justesse du trait et la connaissance de la matière font du métier de coupeur l’un des plus exigeants de la Maison. Une exigence qui guide aussi la main des patronniers-piqueurs, chargés de révéler la silhouette du modèle en assemblant, cousant et modelant les pièces de cuir préalablement découpées. Ce travail d’une précision extrême demande patience et régularité : le fil doit être tendu juste ce qu’il faut, ni trop serré ni trop lâche, au risque de déformer et fragiliser le cuir.
L’éventail de savoir-faire de Massaro trouve son apogée dans le montage. Sous la main des artisans, le cuir va prendre forme pour devenir chaussure : galbé et tendu sur la forme, il doit épouser les lignes du pied comme une seconde peau. C’est au cours de cette dernière phase que la tension de la matière, le maintien, la cambrure du soulier se décident. De la mesure aux ultimes finitions, chaque soulier Massaro exige en moyenne cinquante heures de travail pour un modèle féminin, quand un soulier d’homme en exige près de soixante-dix, selon la complexité du modèle. Les finitions, de la pose du talon au cirage, parachèvent l’ensemble et révèlent toute la personnalité du soulier.
L’ensemble de ces métiers forme le cœur battant de Massaro, où chaque détail devient une signature.
C’est avec Raymond Massaro, petit-fils du fondateur Sébastien Massaro, que cette philosophie s’affirme pleinement. En 1957, il met au point pour Gabrielle Chanel un soulier qui fera date dans l’histoire de la mode : la « slingback » bicolore beige et noir, dotée d’un petit talon de six centimètres. Ce modèle aussi pratique qu’esthétique, devenu emblématique de la vision de la Maison, réinvente alors la chaussure féminine par sa simplicité et son équilibre.
Depuis, la Maison réunit des savoir-faire d’exception, issus de plusieurs arts et artisanats souvent méconnus, chacun demandant patience, précision et sensibilité dans cette alliance rare entre la main, la matière et le temps.
En 2002, Massaro rejoint l'écosystème des Métiers d’art de CHANEL. Depuis 2021, Massaro est une des Maisons d’art résidentes du 19M.